Publié le 27/03/2025
Une résilience nécessaire
Le cancer est une épreuve qui mobilise toutes les énergies, un combat où chaque instant est régi par les soins et où l’objectif est de guérir. Mais une fois la maladie vaincue, une nouvelle difficulté surgit : comment se reconstruire ? Trop souvent, les patients se retrouvent seuls face à eux-mêmes, désemparés, à devoir réapprendre à vivre avec un corps et un esprit marqués par l’épreuve de la maladie. C’est pour répondre à ce besoin que Cécile Reboul a créé l’association Skin, une initiative permettant aux patients de se reconstruire par l’art et l’expression personnelle.
Dans le podcast Effivox, La Voix de la Com’ Santé, animé par Julia Molkhou et Marie-Ange Faure, fondatrice d’Effiscience, Cécile Reboul revient sur la genèse et l’essence de son association. Un témoignage fort et inspirant qui met en lumière un pan méconnu du parcours de soins : l’après-cancer.
La solitude de l’après-cancer, un constat alarmant
Diagnostiquée d’un cancer à 40 ans, Cécile Reboul fait une découverte bouleversante : si l’épreuve du traitement est difficile, le retour à la vie normale l’est tout autant. « Après la bataille, on compte ses blessures », confie-t-elle. Pendant les soins, les soignants et les proches sont présents, mais une fois la rémission annoncée, beaucoup de patients se sentent abandonnés. Le soutien disparaît, laissant place à une décompensation psychique, une culpabilité d’être en vie, et un sentiment de perte profonde.
Marie-Ange Faure souligne l’importance de reconnaître ces difficultés : « Aujourd’hui, on sait que la parole des patients est déterminante. Ils soulèvent des problématiques que les soignants ne voient pas toujours. » L’après-cancer est encore un angle mort du système de soins. Trop souvent, le bien-être psychologique passe au second plan.
La création comme thérapie
Partant de ce constat, Cécile Reboul a initialement voulu écrire un livre pour rassurer les femmes sur l’après-cancer et les aider à retrouver leur féminité. Mais une rencontre avec une photographe transforme son projet en une expérience artistique immersive. « En regardant les photos de mon parcours, j’ai eu un choc. J’ai compris que la vie avait repris ses droits. Et je me suis dit : quelle thérapie incroyable ! » Ainsi naît Skin, une association proposant aux patients de collaborer avec des artistes pour exprimer leur cheminement et se reconnecter à eux-mêmes.
Chaque patient est accompagné individuellement, sa parole est libérée par l’acte créatif. « On réintroduit la notion de plaisir à travers l’art. On les sort de leurs idées noires et on leur permet de se concentrer sur quelque chose qui leur fait du bien », explique Cécile. Peu à peu, ils réapprennent à se définir, à reconstruire leur identité au-delà de la maladie.
Un besoin de reconnaissance institutionnelle
Malgré l’impact positif de l’association Skin, le sujet de l’après-cancer demeure largement sous-estimé. Selon Cécile Reboul, « deux personnes sur trois touchées par le cancer estiment que l’après est plus difficile que la maladie ». Il est donc essentiel de sensibiliser les pouvoirs publics et les professionnels de santé* aux défis de cette phase de reconstruction.
Marie-Ange Faure souligne cet enjeu d’une approche plus intégrative de la santé, qui ne se limite pas aux soins médicaux. « Il faut une coordination plus fluide entre les médecins, les psychologues, les associations comme Skin et d’autres professionnels du bien-être ». La santé ne se résume pas à la guérison physique ; elle inclut aussi la santé mentale, la réinsertion sociale et l’épanouissement personnel.
L’exemple de Skin pour redonner du sens à la vie après la maladie
Skin offre une aide précieuse à l’isolement post-cancer, en permettant aux patients de transformer leur expérience en une création porteuse de sens. Cette approche, basée sur le lien, le plaisir et le temps nécessaire à la cicatrisation, illustre l’importance d’une prise en charge globale de la santé.
Pour Cécile Reboul, ce projet fut sa propre thérapie. « Ce projet m’a sauvée avant de sauver les autres », confie-t-elle. Son engagement inspire et rappelle que la résilience est un processus collectif, où chacun doit trouver sa voie pour se réapproprier sa vie.
Reste à espérer que des initiatives comme Skin soient reconnues et soutenues à plus grande échelle, afin que chaque patient atteint d’un cancer puisse bénéficier d’un accompagnement au long court. Pour en savoir plus : https://associationskin.org/
Et pour découvrir l’interview dans son intégralité : accédez ici à l’épisode N°5 du podcast Effivox, La Voix de la Com’ Santé.
*Depuis septembre 2024, Skin est devenue partenaire officiel de l’ap-hp, qui a décidé d’ouvrir sa première plateforme de soins oncologiques de support après cancer à l’hôpital Tenon. Le constat de l’ap-hp ? A la fin du parcours de soins, on ne sait plus faire et la nécessité d’une main tendue aux patients est criante. L’association Skin a donc été identifiée comme relais du prendre soin pour les personnes touchées par le cancer. L’ap-hp compte ouvrir d’autres plateformes dans d’autres hôpitaux parisiens à l’horizon 2026.